Trop de réfugiés? Est-ce encore nos impôts qui vont payer pour ça?

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Ce sujet me trotte dans la tête depuis quelque temps. Vous rappelez-vous cet été, à la frontière Canada-États-Unis, une quantité impressionnante de personnes faisaient la file pour immigrer au Canada. En fait, on pourrait plutôt remplacer l’expression « immigrer au Canada » par fuir les États-Unis. Tout cela, suite à l’annonce du président Trump qui voulait mettre fin au programme temporaire de résidence qui permettait à plus de 58 000 Haïtiens de vivre et travailler aux États-Unis depuis 2010. C’est surtout de cette population que nous avons beaucoup entendu parler cet été, car ils étaient demandeurs d’asile. Au même moment, alors que tous les médias parlaient de cette situation aux nouvelles et que plusieurs se demandaient : « Mais qui va payer pour ça? », je me suis posé une autre question…

« Mais pourquoi avons-nous la prétention de devoir payer pour eux ou encore pourquoi pensons-nous qu’ils s’attendent à ce que nous payons pour eux ? »

C’est vrai, non? En réalité, ne pourraient-ils pas payer pour eux-mêmes en travaillant comme tout le monde. Qui dans cette aventure a ancré le fait qu’ils ne voulaient pas travailler et forcément être sur l’aide sociale ? Ne travaillaient-ils pas aux États-Unis avant de devoir quitter ? Sûrement! En plus, sommes-nous en manque de main d’œuvre au Québec, alors que le taux de chômage atteint des creux historiques avec près de 6%. Et c’est le cas même dans les entreprises manufacturières.

Chez Cartouches Certifiées, nous avons de la difficulté à conserver des employés à des postes où les tâches sont plus physiques et manuelles. Plus précisément, nous avons un volet manufacturier qui consiste à trier des cartouches d’encre vides. Ce travail est très important et est au cœur de nos opérations. Il ne nécessite aucune formation académique particulière et peut se faire par n’importe qui ayant une bonne volonté de participer à la croissance de notre entreprise et qui aime le travail d’équipe. Évidemment, le travail est plus physique qu’un travail de bureautique. Il faut souvent être debout toute la journée ou lever des boites plus lourdes mais une personne débrouillarde, déterminée et rigoureuse peut avoir un bon niveau d’autonomie après 1 mois.

Après réflexion, je réalise que le profil que je recherche est plus difficile à trouver au Qc selon nos expériences. Par contre, j’émets l’hypothèse que ça concorde très bien avec le profil des réfugiés qui ont dû quitter leur pays pour améliorer leur qualité de vie ou celle de leur famille. À mon avis, quand tu es prêt à quitter ta maison avec des sacs-à-dos pour marcher jusqu’à la frontière avec 3 enfants, dont un dans le porte-bébé, tu dois avoir un certain niveau de débrouillardise, de détermination et un énorme désir d’améliorer le sort de ta famille. Ces réfugiés ont fait le choix de gérer et entreprendre leur destin plutôt que de subir les choses. Quand une personne est rendue là, c’est souvent sa dernière option.

Alors faisons d’une pierre deux coups! J’ai un taux de roulement plutôt élevé pour certains postes. J’ai le choix d’offrir ce poste à un candidat qui ne sait pas trop ce qu’il veut dans la vie et qui risque de quitter après 3 semaines pour 10 cents de l’heure de plus ailleurs, ou embaucher cette même femme qui vient de marcher un marathon en trainant ses valises. Étant entrepreneur, j’ai peut-être une plus grande tolérance au risque que d’autres, mais pensons-y un instant… lequel de ces 2 candidats a le plus de chance de mettre son cœur à l’ouvrage comme on dit? Mon cheval gagnant se trouve sûrement sur la photo ci-haut. Cette personne doit avoir des responsabilités qui va l’engager à avoir une discipline hors-pair au travail. Je parie également qu’elle sera reconnaissante qu’on lui ait donné sa première chance au pays. Comme elle doit faire vivre sa famille, ce réfugié et futur Cartoucheux devrait se montrer très assidu et régulier au travail, ce qui pourrait améliorer notre taux d’absentéisme actuel.

Ma réflexion s’était arrêtée là il y a quelques jours, jusqu’à ce que je prenne le temps de parler de ce projet à mon directeur des opérations et de la logistique (notre GOL comme on l’appelle). Afin de pallier à des problèmes de roulement trop élevé à certains de nos postes chez Cartouches Certifiées, je lui ai fait part de mon désir d’embaucher des réfugiés. Qu’ils proviennent de pays où c’était la guerre ou encore d’endroit où il y avait eu une catastrophe naturelle, à mes yeux, ils ont tous un point en commun, soit le courage, la résilience d’avoir tout laisser derrière et la détermination de vouloir recommencer une nouvelle vie. C’est ce qui m’attire tant dans ce nouveau projet d’embaucher des réfugiés. Et ce projet, il a débuté vendredi le 24 novembre dernier à 9h du matin. Avec l’aide d’Anne-Marie Jean-Montenegro, conseillère au programme Interconnexion et de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, nous avons rencontré en entrevue 6 Syriens, arrivés au Canada depuis 6 mois à 2 ans. Après une courte visite d’entreprise au groupe, c’est sous forme de speed-dating de 15 minutes par candidat que nous avons débuté les entrevues. Il est présentement trop tôt pour vous donner d’autres statistiques ou informations sur les rencontres, mais nous avons déjà convenu de refaire le même processus avec plus de candidats dans un mois. Nous avons aimé cette 1ère expérience et allons refaire le processus en janvier en y apportant quelques modifications avec ce que nous venons d’apprendre. Mon pifomètre me dit que nous allons procéder à quelques embauches bientôt!

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Outre cela, je sais que j’aurai un profond sentiment de fierté quand ce projet sera un succès, car j’aurai pu donner la chance à plusieurs familles d’avoir un revenu et de participer à l’économie de leur nouveau pays d’accueil. Ça devrait être un gage d’une intégration réussie et grâce à mon entreprise et l’ouverture de mes collègues Cartoucheux, nous y aurons participé !

Sur la photo: Merci à Jouslin Assaf, Elias Kharbout, Abir Assaf, Rami Haddad, Sami Lotfallah, Dalia Abboud, Thierry Adjovi (directeur GOL) et Akhlasse Hamdan (aide à la traduction) : شكراً جزيلا ً لمشاركتكم ومساعدتنا في إنجاح برنامجنا الجديد لتسهيل عملية دمج اللاجئين في المجتمع

Matthieu Laroche
Président de Cartouches Certifiées

 

 

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